Le Brésil, champion du monde du biocarburant

Le Brésil, champion du biocarburantLe Brésil roule à l’éthanol, c’est même à ce jour la seule expérience massive d’utilisation de biocarburant. Voilà qui titille notre âme verte… alors, qu’est-ce que ça donne ?

Dans la chronique de Cargeek, nous suivons de près les grands événements sportifs ! Après le France-Allemagne de l’Euro 2016, la direction d’eiver n’a pas hésité à m’envoyer à Rio pour couvrir les JO – palace et tous frais payés, cocktails, Cariocas (si vous y croyez 😉 )… mais vous me connaissez, je ne me suis intéressé qu’aux voitures. Et là-bas, elles ont deux particularités : on n’en connaît aucune, et elles roulent à la canne à sucre !

 

Au Brésil la Golf ne prend pas de « f », et c’est une ancienne Polo recarrossée

VW Gol et Chevrolet Onix

VW Gol, ex n°1, aujourd’hui détrônée par la nouvelle génération Chevrolet Onix.

Au Brésil les constructeurs prolongent leurs chassis de génération n-1 ou n-2, comme dans tous les émergents, mais ici ils font l’effort de les rhabiller. D’où ces visages inconnus chez nous.

Il faut dire que depuis que le pays est devenu le « B » de « BRICS », le marché auto est monté à 3,8 millions d’unités (en 2012, 4ème marché mondial). Ça mérite bien quelques attentions. Même si depuis le marché a fondu d’un tiers en 3 ans, son potentiel à long terme fait toujours saliver les constructeurs. L’offre se rapproche petit à petit des standards internationaux. Les SUV par exemple font un carton ici aussi, et les Jeep Renegade ou Honda H-RV sont les mêmes qu’ailleurs. Enfin pas tout à fait : ils sont « Flex-fuel »…

Hyundai HB20 et Nissan Kicks

Les Asiatiques arrivent comme un tsunami, avec des voitures récentes : succès éclair pour la Hyundai HB20 (HB non pas pour « HatchBack » mais pour « Hyundai Brasil ») / Nissan vient de réserver au Brésil le lancement en 1ère mondiale de son nouveau SUV compact Kicks.

 

Les Brésiliens tournent au bioéthanol depuis 40 ans…

C’est un biocarburant à base de canne à sucre. En fait, de l’alcool.

Au Brésil l’essence contient au moins 25% d’éthanol et l’on peut aussi faire le plein d’éthanol pur. Pratiquement toutes les voitures commercialisées sont « Flex-fuel », c’est à dire qu’elles sont capables de fonctionner avec de l’essence, de l’éthanol, ou un mélange des deux.

On connaît les arguments des détracteurs du biocarburant : avec bientôt 9 milliards de bouches à nourrir sur la planète, il vaut mieux utiliser les terres à produire des aliments plutôt que du carburant.

Mais la logique globale n’est pas la logique locale : le Brésil a un immense territoire à exploiter, son climat se prête à la culture de canne, et il était importateur net de pétrole lorsqu’il a compris comme tout le monde en 1973 que la dépendance énergétique est dangereuse. Le pays s’est donc tourné vers le bioéthanol de canne à sucre maison, ça fait sens. Ça fait encore plus sens maintenant qu’il y a des objectifs de réduction de gaz à effet de serre à respecter.

Champ de canne au Brésil

 

…et ça ne les saoule pas

Même pas une petite vapeur de caipirinha dans l’habitacle !

Jakow est Brésilien, et il connaît bien la question. C’est le partenaire d’eiver au Brésil. Il conduit régulièrement une Sandéro Flex-fuel, entre autres. Il nous explique :

« En moyenne, on gagne 10% de puissance avec l’éthanol. On consomme plus aussi : là où on ferait 100 km avec de l’essence, on n’en fait que 70 avec de l’éthanol. Il faut donc que le prix de l’éthanol soit moins élevé pour que ça soit rentable. Par exemple, si l’essence est à 3,50 R$/litre, l’éthanol est intéressant à partir de 2,40 R$/litre. Le gouvernement s’efforce de maintenir cette différence de prix (il contrôle le prix de l’essence, celui de l’éthanol est déterminé par le cours du sucre). »

Caipirinha

(image : Cachaca Dave)

« À part ça, une voiture Flex-fuel se conduit comme une autre. C’est une technologie assez récente… en terme d’entretien et de durée de vie de certains organes, il a pu y avoir des problèmes au début. Mais il n’y en a plus vraiment maintenant. »

Comme presque tous les Brésiliens, Jakow fait donc indifféremment le plein d’essence, d’éthanol ou d’un mélange des deux, dans le même réservoir. Il peut ainsi choisir son carburant. Si le prix de l’essence ne lui plaît pas, il n’en prend pas… ça ne vous fait pas rêver, vous ? « aaah non bonhomme, trop cher ton gazole aujourd’hui, je prendrai un p’tit jus de canne ! »

 

Le biocarburant, c’est « flex » pour tout le monde

Y compris pour le producteur, car la canne peut toujours servir à produire du sucre bien sûr ! Les cours du sucre montent et le pétrole baisse ? La filière se réoriente vers la production de sucre, et les automobilistes mettent un peu plus d’essence dans leur mix. Inversement, le baril augmente et il y a trop de sucre sur le marché ? Hop, on rouvre le robinet de la distillerie.

Biocarburant + véhicules Flex-fuel = 2 sources d’approvisionnement pour l’automobiliste, et 2 débouchés pour le producteur.

Précisons qu’au niveau mondial l’éthanol reste bien trop marginal pour jouer un rôle dans l’équilibre des marchés de l’énergie. Mais cette flexibilité est en tout cas un avantage pour le Brésil.

 

Quel bilan écologique ?

Sao Paulo

Sao Paulo (image : Chronus)

Pas de « dieselgate » pour Volkswagen do Brasil. Et pour cause, il n’y a pas de diesel (pour les particuliers). C’est même interdit, car ce n’est pas compatible avec la politique de l’éthanol : on sait faire des moteurs à carburant modulable essence/éthanol, mais pas diesel/éthanol. Voilà déjà une conséquence bénéfique de cette politique sur la santé en ville. Mais par rapport à l’essence, l’éthanol ne serait pas moins toxique : une récente étude sur Sao Paulo montre que l’utilisation de l’éthanol engendre moins de monoxide d’azote (les fameux NOx) et de monoxide de carbone, mais plus d’ozone.

Et le bilan carbone ? Un moteur qui tourne à l’éthanol rejette autant de CO2 au km qu’avec de l’essence. Oui, mais le CO2 émis par l’éthanol a préalablement été capté par la plante pour pousser ! Le bilan carbone de l’éthanol serait donc nul ? Non, car la culture et la distillation de la canne émettent du CO2. Ceci dit, l’extraction, le raffinage et l’acheminement du pétrole aussi. Le chiffrage précis est donc discuté et dépend de nombreux paramètres. Mais retenons en synthèse que le bilan carbone de l’éthanol brésilien est sensiblement meilleur que celui de l’essence.

Et la forêt amazonienne ? Les exploitations de canne sont situées loin d’elle. Mais en repoussant d’autres cultures, elles l’impactent un peu quand même. Les autres auraient pourtant pu se pousser ailleurs que dans le poumon vert, le Brésil dispose encore d’immenses réserves de terres cultivables sans avoir à défricher.

Enfin, il ne faut pas oublier que lorsqu’on investit dans une filière, elle progresse. L’éthanol de 2ème génération qui arrive maintenant serait capable de doubler la production sans augmenter la superficie cultivée. Ceci en exploitant mieux les déchets de canne, son bilan carbone sera donc aussi bien meilleur.

 

Et chez nous ?

Pompes à essenceSaviez-vous qu’en France, tous les carburants vendus à la pompe contiennent du biocarburant ? Rien à voir avec le Brésil toutefois : il y a maximum 10% d’éthanol dans l’essence, et 7% d’huiles végétales dans le gazole. On peut aussi faire le plein de E85 (85% d’éthanol), mais ça ne concerne que l’infime minorité de véhicules équipés.

Chez nous, la recherche d’une moindre empreinte écologique, comme toute l’évolution de l’automobile, se fait par le progrès technologique : alimentations moteur sophistiquées, matériaux hi-tech, hybridation… C’est passionnant, mais chacune de ces technologies de pointe ajoute un coût, de plus en plus élevé, que ne peuvent pas forcément se permettre les automobilistes des pays émergents.

Le Brésil a trouvé sa solution avec l’éthanol, tant mieux.

L’Europe n’a plus vraiment de surfaces cultivables disponibles, elle doit faire autrement. Et vous faites partie de la solution chers eiverNautes ! Car elle viendra aussi, et peut-être même surtout, de la modification des usages automobiles… C’est justement ce que vous faites quand vous lancez votre appli eiver à chacun de vos trajets en voiture. En France on n’a pas de biocarburant, mais on a la bioconduite 🙂

BioCargeek

Merci à Jakow Grajew !

Pour les passionnés, la page Wiki sur les biocarburants est ultra-complète.

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