Les émissions de CO2 repartent à la hausse

On sera vite passé de COP21 à CO2 : en France en 2015, pour la première fois depuis 10 ans, les émissions de gaz à effet de serre dûs aux transports terrestres sont repartis à la hausse*. De +0,9%. Remarquez, avant, ils baissaient de… 0,7% par an. Avec ça, on n’est pas rendu ! Le point, avec les illustrations de notre agent spatio-temporel, qui vient de rentrer de son reportage photo en 2060.

*Info du ministère de l’environnement, l’intégralité du communiqué est ici.

La Défense photo CO2 a la hausse sur le blog eiver

source : flicr, photo Khaled Nasher

Comme vous le savez, il y a deux types de pollution automobile : celle qui nuit à la santé, comme les particules fines, ou les NOx qui sont le sujet du récent « Dieselgate ». Et celle qui réchauffe la planète, les gaz à effet de serre, que l’on peut résumer par les émissions de CO2.

Pour la première, on l’a vu avec le « Dieselgate », il est difficile de savoir où on en est – entre dissimulations, régulations inadaptées et protocoles de mesures flous… Ce ne sera pas notre sujet aujourd’hui, mais vous pouvez relire par exemple notre résumé du rapport de la commission Royal ici.

Pour les gaz à effet de serre en revanche c’est très simple, il suffit de connaître sa consommation (réelle) pour connaître ses émissions de CO2 : comptez 2,38 kg de CO2 pour 1 litre d’essence, et 2,65 kg pour 1 litre de gazole. Pour ça au moins, nous ne sommes pas à la merci de mensonges ou d’incertitudes.

Mais attention si vous voulez faire le calcul, il faudra encore vous méfier de votre ordinateur de bord : depuis quelques années ils trichent tous. De mémoire, AutoPlus avait relevé autour de 0,5 à 1 litre/100 de moins que la réalité selon les modèles. Pas d’autre solution que de noter le chiffre à la pompe et prendre votre calculette – oui, ça devient un peu pénible cette addiction au mensonge chez les constructeurs…

On peut connaître ses émissions de CO2 réelles : 1 litre d’essence consommé = 2,38 kg de CO2 émis, 2,65 kg pour 1 litre de gazole.

Au niveau national, le bon indicateur pour connaître les émissions de CO2 est donc le volume de consommation de carburant. On trouve l’information dans la note du ministère : entre 2014 et 2015, la circulation a augmenté de 2,4 %, et la consommation de carburant de 2,0 % (je ne parle ici que des voitures particulières). Soit un gain de consommation au km de 0,4%… C’est tout ?

Pour que la pollution des voitures diminue, il faut d’une part que le parc se renouvelle, et d’autre part que les nouveaux véhicules achetés soient moins polluants. Avec un parc de 32 millions de voitures particulières et un marché du neuf qui tourne autour de 2 millions de VP par an (1,9 million en 2015), il faut à peu près 16 ans pour renouveler tout le parc. C’est lent, mais au moins ça se fait à coup sûr. C’est surtout sur l’autre question qu’il faudrait se pencher : renouveler par quoi ? Parce que si on change pour pas mieux, il faut re-attendre 16 ans ! Or c’est un peu ce qui se passe…

Ce n’est pas que les constructeurs n’ont pas fait de progrès, mais actuellement que constate-t-on ? On remplace les diesel par des essence : ça fait moins de gaz toxiques qui tuent nos bronches, mais plus de CO2 qui tue la planète… Super, à part ça ? On remplace les berlines par des monospaces ou des SUV, qui consomment -et donc polluent- environ 15% de plus… ou comment annihiler tous les progrès faits par les motoristes en 10 ans !

Il va falloir trouver autre chose.

Photo Oued pour article CO2 blog eiver

source : topsy.fr

Choisir le bon véhicule

Pour une utilisation en ville, l’idéal est la voiture 100% électrique. Zéro polluant à l’échappement, un bilan carbone imbattable dans un pays comme la France qui produit son électricité avec peu de CO2, et tout le plaisir de rouler en silence et sans changement de vitesse. Bien sûr, ça ne peut être qu’une seconde voiture (elle ne fera pas les longs trajets, compter 120 km max pour être tranquille) et il faut un garage (pour la prise). Mais bien des achats de voitures neuves remplissent ces deux conditions ! Bien plus en tout cas que le 1% du marché que la voiture électrique vient péniblement d’atteindre en France. Il faut dire que l’électrique reste un peu chère : une Renault Zoe coûte 15 800 € bonus déduit, plus quelques centaines d’€ pour la prise, pour une seconde voiture ça reste une somme. Ensuite à l’usage, pour 10 000 km par an par exemple, il faudra compter 1 100 € d’électricité et de location de batterie, soit 200 à 300 € de plus que le budget carburant d’une Clio essence. La voiture électrique n’est donc pas encore tout à fait rentable… mais pour ceux qui peuvent se le permettre, c’est tellement plus agréable !

Pour un usage urbain nécessitant plus d’autonomie, comme par exemple pour les taxis, la solution est l’hybride.

Comme l’électrique, c’est en ville que l’hybride est le plus efficace, car elle recharge ses batteries à chaque décélération. Toyota, le spécialiste reconnu de la voiture hybride, en propose pour tous les besoins : la petite Yaris (19 090 €), les berlines Auris (25 200 €) et Prius (30 400 €), les familiales Auris break (26 300 €) ou Prius Plus (32 200 €) – prix à partir de, et bonus déduit. D’ailleurs, de plus en plus de taxis passent à la Toyota Prius. Pourquoi pas tous ? Ceux que j’ai pu interroger ne regrettent pas même leur Mercedes classe E : fiabilité, conduite relaxante, silence, beaucoup votent Toy !

L’hybride a également le grand avantage de pouvoir prendre la route, elle peut donc être la voiture unique du foyer. Sur autoroute toutefois, elle perd son intérêt : à vitesse soutenue et constante, pas de régénération, donc on se retrouve vite avec une voiture essence classique et la consommation qui va avec.

La fin du diesel ?

Pour les grands trajets, le diesel garde l’avantage. Plus le rythme est soutenu, plus l’écart de consommation par rapport à un moteur essence s’accroît. Une hybride n’arrivera pas non plus à une telle performance en émission de CO2. Le diesel sera toutefois de plus en plus handicapé par le surcoût de sa dépollution. Renault s’interrogerait même déjà sur la fin du Diesel, selon une dépêche de Reuters. Peut-être, mais alors le constructeur devra trouver autre chose pour garder les gros rouleurs. Car je doute que ceux qui apprécient actuellement l’excellent 1,6 l dCi 130 se tournent demain vers le pâlichon-glouton 1,2 l tCe maison. Car les turbo-diesel sont également appréciés pour leurs performances confortables.

Voilà ce qu’on pouvait dire sur l’état de la technologie. Mais il y a d’autres pistes de progrès…

Route nationale photo article CO2 blog eiver

source : lemomentum.com

Il ne faut pas négliger le « comportemental »

À ce sujet ça tombe bien, nous avons avec nous Christophe, le fondateur d’eiver. Ben oui, ce n’est pas parce qu’on est sur le blog d’eiver, et qu’en plus Christophe est un ami, que je ne devrais pas lui donner la parole !

[Cargeek] Est-ce dans l’idée de lutter contre le CO2 que tu as créé eiver ? – [Christophe] Pas exactement. Au départ, eiver est venu d’un constat : on trouvait sur son smartphone quantités d’applis de mesure de ses performances, pour le sport, la marche à pied, etc… mais pas pour la conduite automobile. Eiver est une réponse à ce manque. Ensuite bien sûr, qui dit baisse de consommation dis moins de CO2.

Oui, parce que par performance de conduite, tu ne parles pas de chrono évidemment… – Je parle de l’efficacité énergétique de la conduite. Le chrono ce n’est pas pour la route, comme tu le sais. Mais par un certain côté on rejoint l’idée, le plaisir de faire une « perf » : de même que c’est excitant de faire un chrono sur circuit, on peut se prendre au jeu, sur la route, de faire le meilleur score énergétique possible. Tirer le meilleur de chaque litre de carburant, c’est aussi une performance ! Eiver mesure votre score, peut vous « coacher » par des conseils, et même récompense vos résultats par des « eiverMiles ». Résultat, vous faites mieux. – Tu me vouvoies, maintenant ? – Non, je parle aux gens ! – Et ça marche ? – Quoi ? – Ton idée de jeu ? – ah oui, très bien même ! je peux te dire que parmi nos eiverNautes, on a des vrais accros ! Il suffit d’essayer d’ailleurs, l’appli est gratuite. Ceci dit j’ai fait le parallèle, mais eiver n’est pas stricto-sensu un jeu, je le précise pour ceux qui ne nous connaissent pas. On intéresse beaucoup les gestionnaires de flottes par exemple, et pour eux c’est un outil d’optimisation tout ce qu’il y a de sérieux.

– Alors, comment mesures-tu ce type de perf ? – Essentiellement par GPS. On mesure les accélérations/décélérations, leurs forces, on rapproche tout ça de la route où se trouve l’eiverNaute, et ça nous indique si la conduite est optimum ou pourrait être plus efficiente. Après on a des algorithmes, et je ne te les dirai pas  🙂

– Comment mesures-tu la consommation ? Je parlais tout à l’heure des ordinateurs de bord qui disent maintenant un peu n’importe quoi… tu apportes une solution à ça ? – On apporte une autre façon de calculer, mais ce n’est pas notre objectif. L’enjeu pour nous est de connaître l’évolution de la consommation plus que le volume au micro-litre près. Alors, quelle est notre méthode ? On part d’une évaluation : les consos officielles du modèle, corrigées des écarts généralement constatés avec la réalité. Et puis on enrichit cette première évaluation par ce que nous apprennent nos « big data » : toutes les données que l’on remonte chaque jour de nos eiverNautes nous permettent de connaître de plus en plus précisément les consommations réelles de chaque modèle dans chaque condition de roulage. On affine ainsi sans cesse notre évaluation, au point qu’elle en devient très précise…

Ouaip, c’est du machine-learning en résumé. – Exactement, mais je ne voulais pas te perdre en route !  🙂  Et donc, comme on n’est pas branché sur le débit de la pompe à essence, je ne peux pas te dire que c’est une mesure à proprement parler. Mais je pense qu’avec notre méthode on est dors et déjà plus précis que la plupart des ordinateurs de bord. Et en tout cas ça nous donne ce dont on a besoin pour notre appli, c’est à dire l’évolution de la conso.

– Parfait, c’est ce qui m’intéresse, je cherche à connaître l’évolution des émissions de CO2. Alors, quel est le résultat que tu constates ? – En moyenne, d’après nos derniers chiffres, un eiverNaute gagne 12% de consommation au bout d’1 an d’utilisation d’eiver. À véhicule et usage identiques. – …donc 12% de CO2 ! Là on mesure concrètement ce qu’on peut obtenir en jouant sur l’aspect comportemental ! Tiens, je le mets en gros :

12% d’économie de CO2 : en 1 an, par l’incitation à une conduite efficace, eiver obtient à peu près les mêmes progrès que les motoristes en 10 ans.

– [Christophe]…et attends je n’ai pas fini, ça c’est au bout d’1 an. Après on est capable de donner des conseils personnalisés à l’eiverNaute, grâce encore à notre « machine-learning » qui nous a appris à mieux connaître son usage de la route. Et s’il est vraiment désireux de continuer à se perfectionner, on estime qu’il peut atteindre 20 à 25% d’économies en tout.

Tu évoques les progrès bien réels des voitures. Mais tu sais ce qu’il ne faut pas perdre de vue ? – Dis moi… – Le paradoxe de Jevons. – …? c’est un grand singe de Bornéo ? – Non, c’est un économiste du 19ème. Tu regarderas sur Wiki. En gros, il a observé que ce n’est pas parce que les voitures consomment 15% de moins qu’on consommera 15% de pétrole en moins. – au 19ème ? vraiment tout à la fin, alors… – Ne chipote pas et écoute-moi : c’est comme les ampoules basses consommation. On ne retrouve pas en consommation finale d’électricité la baisse que devrait permettre la performance de l’ampoule. Pourquoi ? parce qu’une fois qu’on a installé ces ampoules, on laisse plus la lumière allumée. Avec une meilleure performance vient un relâchement du comportement. C’est ça qu’a montré ce Monsieur Jevons.*

* Cette interview étant diffusée en différé, j’ai eu le temps de regarder sur Wiki. William Stanley Jevons a dit à peu près ça en effet, en parlant d’un truc de son époque : le charbon.

 – [Cargeek] OK Christophe, c’est dans la boîte. Merci, et bonne continuation avec eiver – [Christophe] Salut à tous, et bonne route !

Voilà chers lecteurs. De meilleures voitures, une meilleure conduite, et on va en faire notre affaire de cette histoire de CO2 !

CargeekO2

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