Le pickup-Trump ou l’automobile à l’américaine

Pickup Trump - pickup truck et drapeau américain

Les Américains n’ont pas fini de nous étonner. À la chronique, on aime bien voyager, pour voir un peu comment ça se passe ailleurs. Après le Brésil, nous allons au pays de Donald Trump, où ici aussi il est frappant de constater combien le paysage automobile en dit long sur le pays : voitures king-size, constructeur automobile startup, pétrole au gallon…

Le pickup-truck des familles

Vu d’Europe, les pickup-truck c’est un peu comme Donald Trump, on n’y croit pas trop… mais si, pour beaucoup d’Américains, ce n’est pas une blague. Les pickup représentent 1 vente de voitures sur 6 aux USA (chiffres octobre 2016). Si on y ajoute les SUV et les « vans » (la plupart gros aussi), ça fait 62% du marché, contre 38% pour les berlines. Nette victoire aux gros mentons !

La comparaison s’arrête là, car les « full-size pickup » sont vraiment malins. Certes, on croirait que l’Américain moyen passe son temps à transporter des poutres pour reconstruire sa maison… mais ces véhicules servent à tout : tracter la caravane, transporter le scooter des mers, emmener le tracteur de jardin chez McCulloch, charger les bûches, tout. Et ce sont aussi des familiales accomplies : dans le « double cab » de onc’ Donald, Daisy se sent en sécurité, et Riri, Fifi et Loulou tiennent sans problème à l’arrière.

Pickup

Les pickup sont des véhicules très polyvalents. On peut même s’abriter du soleil dessous. (Photo Matt Thomas)

Pickup-Trump contre Hillarybride

Dans le même temps, les USA sont aussi le deuxième marché mondial pour les voitures électriques (73 300 unités en 2015, derrière la Chine) et pour les hybrides et hybrides rechargeables (420 000, derrière le Japon). On l’a vu lors des élections, l’Amérique est coupée en deux. De même que le Donald-Trumper voyait en Hillary une « tous-pourris » du système, le pickup-trucker du Texas n’a que mépris pour le Californien en Prius hybride, qu’il tient pour un bobo hypocrite. …En gros et à la louche, hein, je ne disconviens pas qu’en matière de sociologie électorale vous puissiez trouver des analyses plus finement ciselées que cette chronique 🙂

Le COP 22 ne fait pas peur à Donald Trump

Bien entendu, les pickup pourraient remplir leur office avec un bon 4 cylindres diesel de chez nous. Mais non, ça tourne au V8 -ou V6 pour ceux qui n’ont pas le sou. Parce qu’aux USA, il faut que ça biberonne du pétrole par gallons… et surtout il faut que ce soit gros. Bref, des « cubic-inches » (c’est leur unité de mesure de la cylindrée), mais pas de Diesel aux USA. Dodge propose bien un V6 3,5 litres diesel sur son pickup RAM, et Nissan a tenté un diesel… V8, pour tromper l’ennemi, mais vaines tentatives, personne n’en achète.

Alors ça y va, le CO2. Par gallons. Et je ne crois pas que le COP 22, qui palabre actuellement loin, loin, au Maroc, ne les perturbe beaucoup. Enfin… Bien que Donald Trump ait promis de revenir dessus, rappelons quand même que les USA ont ratifié l’accord de Paris sur le climat (COP 21). Je ne sais pas ce qu’ils en feront, mais ils l’ont ratifié.

Casquette cop

COPs ou pas, pour l’instant, les pickup bénéficient d’avantages fiscaux. Pour une raison simple : quand les Américains achètent une berline, ils ont tendance à la prendre Japonaise. Alors que les « full-size pickup » sont quasiment tous des Ford, GM ou Dodge. La fiscalité automobile au pays de Donald Trump est donc encore tout simplement un soutien à l’industrie nationale, et ils ne sont sans doute pas prêts de passer à une fiscalité d’incitation écologique.

Une économie dopée à l’huile lourde

Les USA sont pleinement guéris de la crise de 2008. Avec 17,5 millions de véhicules vendus en 2015, leur marché auto est repassé au-dessus de ses niveaux d’avant crise.

L’Amérique est repartie entre autres grâce au gaz de schiste. Cette nouvelle source d’énergie abondante et pas chère a permis à l’industrie américaine de regagner en compétitivité, et d’embaucher. Pour les automobilistes, le gaz de schiste a aussi eu l’avantage de contribuer à faire baisser les cours mondiaux du pétrole. Comme il y a très peu de taxe sur l’essence, le prix du baril se répercute sans filtre sur le prix à la pompe (alors que chez nous il ne constitue que 25% du prix final). Ajoutons pour finir la politique de création de monnaie de la Federal Reserve, et vous avez les 3 ingrédients de la reprise de l’automobile : donnez aux Américains des jobs, du crédit, et des prix de l’essence en baisse, eh bien ce n’est pas compliqué, ils achètent des voitures. L’Amérique d’Obama, dont Trump hérite, tourne plus que jamais à l’huile lourde.

Tesla, le constructeur automobile de la Silicon Valley

Tesla Model S

Archaïque par certains côté, l’Amérique est aussi le pays du miracle entreprenarial qui la projette vers l’avenir. Ainsi, qui aurait cru qu’on puisse appliquer à la bonne vieille industrie automobile les recettes des startup ? Qui aurait cru seulement qu’on puisse lancer un nouveau constructeur aux USA, dans une industrie qui est depuis longtemps passée à l’âge de la consolidation ? Et pourtant, Elon Musk, après avoir fait fortune en créant Paypal, n’a pas hésité à appliquer les recettes du XXIème siècle à un produit industriel du XIXème.

Et quoi qu’il arrive maintenant, il a gagné son pari. Je ne sais pas si Tesla réussira seul son passage à la production de masse avec la Model 3, peut-être devra-t-il s’allier, ou même se faire racheter… mais ce qui est certain maintenant, c’est que la marque Tesla ne disparaîtra pas. Tesla, sa notoriété, ses valeurs, s’est imposée partout dans le monde. Sur son simple nom, 400 000 personnes (chiffre d’avril) ont passé commande d’une voiture qui n’existe pas et dont on ne connaît que ce qu’en promet Elon Musk – je parle de la future Model 3 promise pour fin 2017, vous l’aviez compris. À titre de comparaison, combien Nissan a-t-il vendu de Leaf, sa voiture électrique bien réelle, vendue elle aussi partout dans le monde, et longtemps presque sans concurrence ? 200 000, en 5 ans. Le contraste est cruel pour le constructeur old-school.

Car Tesla est un « story-telling ». C’est le rêve américain. Avant d’être des voitures, Tesla est Elon Musk. Ce que vend Tesla, en dehors d’autos qui n’ont fondamentalement guère de supériorité technologique par rapport à ses concurrentes, c’est l’Amérique de la Silicon Valley. Une voiture cool -belle, grande, puissante et non polluante-, avec un écran 17 pouces au milieu du tableau de bord, et des mises à jour logicielles comme dans l’univers informatique. Ce que le client s’offre avec une Tesla, c’est un morceau du monde de demain. Et ce monde là est encore Américain.

Avec Donald Trump au volant pour 4 ans. On va voir s’il sait conduire…

Cargeek

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