Pics de pollution, déclics de solutions ?

Pollution à Paris

Les Parisiens peuvent rouvrir la fenêtre, les Lyonnais pas encore. Et les grandes villes ne sont pas les seules à suffoquer. Depuis une douzaine de jours, un pic de pollution sévère touche une grande partie du pays. On n’en avait pas vu (respiré) un comme ça depuis 10 ans, disent les experts (qui ont du nez). Mais ce n’est pas le premier. Va-t-on trouver des solutions à ce phénomène récurrent ?

Dans cette chronique, on parle régulièrement du CO2 qui met en danger la planète (comme ici, ou sur la COP21). L’actualité nous amène aujourd’hui à l’autre pollution, celle qui met en danger la santé : oxydes d’azote (NOx), particules fines, et autres cocktails toxiques.

Les conséquences sur la santé sont rappelées par exemple dans cette interview de médecin, qui donne aussi des conseils pour les enfants. Il faudrait d’ailleurs parler de la pollution plutôt en dehors des périodes de pics, car les effets les plus graves pour la santé sont dus à l’accumulation. En terme de concentration ponctuelle, les pneumologues nous le rappellent, on avale bien plus de particules toxiques en grillant une cigarette ou une côtelette au barbecue que lors d’un épisode de fog. Ce qui rend la pollution particulièrement nocive, c’est qu’on en bouffe toute l’année, non stop. Une première conclusion donc :  la lutte contre le niveau de pollution moyen est plus importante que les agitations des période de crise.

Il y a 4 grands coupables : l’industrie, l’agriculture, le logement et les transports. Je ne sais pas ce que font les trois premiers, nous ici on va parler de ce que l’on connaît, les voitures.

Où en est la pollution des voitures ?

Les motoristes sont confrontés à une quadrature du cercle : pour baisser les émissions de CO2 (le gaz qui réchauffe la planète), il faut augmenter le taux de compression. Mais plus on augmente le taux de compression, plus on élève la température, et plus ça produit de NOx (le gaz qui pollue les bronches). Toute la question ensuite est d’éliminer ces NOx, ce qui n’est pas simple*.

Ces dernières années, les moteurs ont considérablement progressé contre le CO2. Et donc vous l’avez compris, le problème des NOx s’est accru. Il a été traité en partie par des systèmes de dépollution (vanne EGR + piège à NOx et/ou SCR), mais pas complètement. Ces systèmes sont plus ou moins performants, mais tous ont leur limite, et dans certaines conditions eh bien… ils rejettent tout ! Bien sûr les constructeurs ont programmé la gestion moteur pour que ça n’arrive pas lors des homologations, d’où les écarts plus ou moins grands avec les émissions en conditions réelles, parfois même effarants selon les situations.

Pot d'échappement

La grande question : essence ou diesel ? Concernant la pollution nuisible à la santé, de manière générale il vaut mieux l’essence. Avec leur taux de compression plus élevé, les diesel ont toujours émis moins de CO2, mais bien plus de NOx et de particules fines. Ceci dit, les deux suivent la même tendance vers moins de CO2 et plus de NOx. Les essence, qui n’émettaient presque pas de NOx auparavant, s’y sont mis depuis les dernières générations de moteur. Mais ils restent plus vertueux que les diesel en la matière.

On n’y voit rien

Autant les émissions de CO2 sont faciles à connaître (2,38 kg de CO2 par litre d’essence consommé, 2,65 kg par litre de gazole), autant la pollution aux particules, NOx, etc, est difficile à appréhender. On l’a vu avec le « dieselgate », les chiffres officiels actuels ne veulent rien dire. Et de toute façon les conditions réelles seront toujours très difficilement modélisables. Surtout, il y a un critère tout à fait déterminant dans la qualité de ce que l’on respire, et sur lequel on n’a aucune prise : la météo – qui balaye, ou pas, les cochonneries.

Bref, autant on peut avoir une politique avec des seuils légaux et des objectifs chiffrés concernant le CO2, autant je ne vois pas comment on pourrait faire pour les émissions de pollution « toxique ». La seule stratégie où on est sûr de ne pas se tromper, c’est d’en émettre le moins possible ! Très bien, alors comment ?

Des restrictions de circulation dans l’urgence

Retour sur le film de ces derniers jours. Nous voilà donc sous un capuchon d’air vicié, bloqué là par les conditions météo. Heureusement nos élus sont à la manoeuvre, et ils ont les solutions…

« Prenez les transports en commun ! » Oups, à Lyon ils sont en grève, depuis le 28 novembre (les bus, car les métro eux sont automatiques). Une urgence de santé publique ? Pas concernés.

À Paris c’est la gare du Nord qui était bloquée le 7 décembre pour le deuxième jour de circulation alternée. Rupture de caténaire. Pas de chance. La veille déjà, le trafic était interrompu sur le RER B vers Roissy. Rupture de caténaire. Vraiment pas de chance ! …ou bien celà aurait-il à voir avec le fait qu’on n’entretient plus le réseau depuis des années ?

La torchère Total à Feyzin 2016

À Lyon, premier jour de circulation alternée vendredi 9. Les automobilistes sont appelés au civisme. Pendant ce temps-là, une raffinerie de Feyzin dégaze depuis la veille. L’épais nuage de fumée noire « ne génère aucun produit toxique » indique le groupe. Non, juste des particules fines… juste un peu le problème qu’on essayait de traiter, en fait ! « C’est un incident technique indépendant de notre volonté ». Encore pas de bol, décidément, pendant ce pic de pollution. Mais tiens, on s’aperçoit que c’est un « incident » qui se produit régulièrement, déjà en 2012, puis en 2013, en 2015… Peut-être serait-il souhaitable que leurs procédés techniques redeviennent un peu plus dépendants de leur volonté ? Histoire de participer au sens civique.

Nouveaux critères

À Grenoble, les autorités pensent que l’épisode de pollution est essentiellement dû à la combustion, notamment aux nombreux chauffages au bois non performants. On a donc interdit la circulation des voitures de plus de 20 ans. Vous ne voyez pas le rapport ? la pollution non plus, qui était toujours là lundi. Alors ce mardi, on a interdit les diesel de plus de 10 ans.

Les vignettes Crit'air

Crit’air, les étiquettes de couleur à coller sur le parebrise qui seront obligatoires à Paris à partir du 16 janvier 2017. Et si vous n’êtes que de passage ? il faudra l’avoir quand même. A commander sur www.certificat-air.gouv.fr, 4,18 €.

Grenoble a tout de même ceci d’intéressant qu’elle est la première ville à avoir adopté un système de restriction de circulation basé sur le niveau de pollution des véhicules. Ce sont les fameuses pastilles de couleur Crit’air, qui seront obligatoires à Paris à partir du 16 janvier 2017. On sort de l’absurde du pair/impair. Toutefois on entre aussi dans un autre problème : avec les numéros de plaque, l’automobiliste qui a une voiture jugée polluante pouvait encore aller travailler un jour sur deux, maintenant il sera bloqué tous les jours.

D’une façon ou d’une autre, toutes ces mesures de restrictions de circulation font peser uniquement sur quelques-uns le poids d’une responsabilité qui est collective. Certains diront que dans l’urgence, foin de ces considérations, seul le résultat compte. C’est toujours ce qu’on dit quand ça tombe sur le voisin. Quant au résultat… on estime par exemple qu’à Lyon, la circulation alternée a fait baisser la pollution de 6%. À chacun de juger.

Les mesures de fond

Rappelons que le véritable enjeu de santé publique est de lutter contre le niveau de pollution moyen tout au long de l’année. Alors venons-en à ce vrai sujet : qu’est-ce qui changerait réellement la donne concernant la pollution automobile ?

À mon avis, que l’électrique prenne l’avantage compétitif sur le thermique. Afin que le marché des voitures à usage urbain/péri-urbain bascule enfin massivement.

Dors et déjà, les pouvoirs publics jouent leur rôle d’accompagnateur avec le bonus/malus. Les véhicules fortement émetteurs sont taxés, ce qui finance une subvention de 6 000 € sur les véhicules électriques. Voilà une mesure cohérente, forte, lisible, et financée – ce coup-ci c’est parfait ! …Mais ça ne suffira pas à faire décoller le marché tant qu’il manquera la bonne offre.

Une Zoe rechargée sur sa Wallbox

La technologie est pourtant là. En quelques années, la puissance des batteries a presque doublé à coût égal. Malheureusement, comme je le disais dans ma chronique du 03/10, les constructeurs ont choisi d’augmenter l’autonomie, qui n’était pas le problème pour un usage urbain, au lieu de baisser le prix, qui reste trop élevé. Résultat, une Zoé est toujours plus chère à l’usage qu’une Clio essence, rien de changé en la matière. Alors qu’avec deux fois moins de batterie, louée donc deux fois moins cher, l’autonomie resterait suffisante et la Zoé deviendrait plus compétitive que la Clio.

Pour moi voilà quelle serait, et de loin, la mesure la plus importante contre la pollution : que Renault sorte une version de sa Zoé à autonomie et prix des batteries divisés par deux. C’est très concret. Je lance l’appel, on ne sait jamais 🙂

Et nous, qu’est-ce qu’on peut faire ?

La solution est aussi entre nos mains, comme on le sait. Alors récapitulons ce qu’on peut faire (liste non exhaustive) :

  1. On peut déjà polluer moins avec sa voiture thermique : c’est la solution eiver, l’appli d’assistance à la conduite qui récompense la conduite souple et responsable. Lisez ou relisez l’interview de Christophe, son fondateur si vous avez encore des doutes. C’est une solution gratuite qui pourrait, si tous les Parisiens l’utilisaient quotidiennement, économiser 2000 tonnes de CO2 par jour.
  2. On peut ensuite se décider à étudier sérieusement si on peut passer à l’électrique pour sa deuxième voiture. Vous avez un garage, et une auto consacrée à des trajets urbains ou péri-urbains ? Une voiture électrique reste un peu plus chère à l’usage qu’une citadine essence, mais n’oubliez pas que l’agrément est incomparable : rouler en silence, ne plus aller faire le plein, une vraie vivacité en ville… c’est agréable de rouler propre !
  3. Tant qu’on y est, on peut en profiter pour étudier sérieusement si on peut passer à l’hybride rechargeable pour sa voiture principale (toujours en cas de possibilité de recharger). Ce sont de vraies voitures « 3 en 1 »: 100% électrique sur une trentaine de km pour la ville, hybride pour la route, et puissante pour l’autoroute. C’est cher à l’achat, mais à l’usage on peut arriver au coût au km d’un diesel.
  4. Vous êtes Parisien, et vous aviez une deuxième voiture pour la ville ? Il est peut-être judicieux de passer à Autolib’… Avec un abonnement à 120 €/an et par exemple 9 € pour un trajet de 30 mn, vous arriverez surement à un coût annuel bien inférieur à la possession de votre voiture. Déjà, vous pouvez vous décider à aller l’essayer.
  5. On peut aussi se décider à tester une fois le covoiturage, pour voir si ça nous plaît ou pas. Tout ça est maintenant bien organisé, avec des sites comme Blablacar ou Citygoo.

Pics de pollution, déclics de solutions ?

Il existe de plus en plus de solutions pour éviter d’utiliser les voitures thermiques en ville. Essayons, autant que faire se peut, de nous en emparer !

Les pics de pollution ont l’intérêt de choquer. Contrairement à la pollution quotidienne, poison lent que l’on oublie, ces épisodes extrêmes sont l’occasion de prises de conscience, qui peuvent nous inciter à tester des solutions nouvelles, ou à passer à l’action alors qu’on restait dans nos habitudes. Disons-le comme ça, pour positiver : on n’a peut-être pas suffoqué pour rien… ?

En vous souhaitant une atmosphère douce et parfumée,

Cargeek

* Pour les passionnés de technique moteur, je vous recommande cet excellent article sur la pollution et les techniques de dépollution des diesel.

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