S’il te plaît, dessine-moi une Saab

Saab 92

Une fois qu’il l’avait posée, jamais le Petit Prince ne renonçait à une question. (Saab 92, la première automobile Saab, 1949-1956 – Image : saabsunited.com)

Ouais, ben… elle est dans la caisse. Cette fois, NEVS, son dernier propriétaire, a annoncé le 21 juin dernier la fin définitive des automobiles Saab. Mais il arrive qu’une marque ne fasse que s’éclipser, on en a déjà vu renaître…

Il n’y aura plus de voitures Saab. Le Chinois NEVS n’a plus l’accord de la maison Saab aéronautique pour utiliser la marque. Il continuera bien à produire des voitures en Suède, mais sous son propre nom NEVS.

A vrai dire cela faisait longtemps que l’agonie durait. Et encore plus longtemps que l’anticonformiste Suédoise ne savait plus vraiment qui elle était, depuis l’ère GM, puis l’errance neerlando-chinoise. Aujourd’hui les passionnés de la marque ne sont plus qu’une poignée, peu nombreux certes, mais à jamais conquis par la troublante étrangeté de ces modèles…

Le style avion

Si les Saab ne manquaient pas de piquant sur le plan mécanique, c’est avant tout par leur allure unique qu’elles sont devenues des icônes. Svenska Aeroplan Aktiebolaget est d’abord un constructeur aéronautique, comme son nom l’indique, et ça se voyait.

Saab 900

Pour dessiner une Saab, posez un petit parebrise d’hydravion bien droit sur un long capot lisse comme une aile, incurvez le profil arrière, que vous tracerez d’un seul tenant, pour la fluidité, et ponctuerez d’un aileron. Serrez le tout dans un fuselage aussi étroit que possible pour favoriser le SCx, et ne pas gâcher les vigoureux Newton délivrés par le propulseur à turbine haute pression. Finissez tout de même l’ensemble par deux pare-chocs pour rappeler que l’engin est une voiture. Des pare-chocs protubérants, c’est une voiture suédoise. Inutile de prévoir des trains roulants rétractables, mais vous rapprocherez les essieux au maximum pour obtenir des porte-à-faux dignes d’un long-courrier posé sur ses trains d’atterrissage. Équipez d’un cockpit lui aussi tout droit sorti du monde de l’aviation, et usinez le tout à Trollhättan (Suède) ou Uusikaupunki (Finlande) pour bien tremper l’acier. Voilà une Saab 900. À peindre de préférence en noir, ou en jaune citron pour le cabriolet.

Je suis sûr que l’aviateur a su dessiner une très belle Saab, dans la caisse.

Consolez-vous, elle va rejoindre les étoiles automobiles. Et qui sait ? Il arrive que des marques renaissent…

Talbot, Maybach, les anciennes marques de prestige sont parfois convoquées

Souvent, ce sont des grands noms qui sont ressuscités par les constructeurs en quête d’image.

On se souvient que Peugeot avait rebaptisé Simca en Talbot, lorsqu’il l’avait racheté à Chrysler en 1978. Les fondateurs de la noble vieille Dame ont dû danser dans leur tombe en voyant la Talbot Samba !

Il est d’ailleurs conseillé de ne réveiller les morts que si on est à la hauteur de l’héritage.

Pour répliquer à l’acquisition de Rolls par BMW et de Bentley par VW, Mercedes a été rechercher en 2002 le nom illustre de Maybach. Maybach, le motoriste des Zeppelin, produisait aussi des automobiles de très haut de gamme entre les deux guerre. Mais au final les Maybach de Mercedes ne furent que des Classe S à peinture bi-ton, encore plus longues et encore plus lourdes. Il ne suffit pas de faire riche pour accéder au prestige, il faut aussi avoir du caractère… C’est loupé, et la marque Maybach repartit dans le monde des plus légers que l’air (en laissant son nom uniquement à un niveau de finition dans la gamme Mercedes).

Heureusement il existe des renaissances plus réussies…

Audi, une étoile éteinte qui s’est remise à briller

C’était avant le TDI : deux Auto Union de compétition, une V12 et une V16

Après avoir créé puis quitté sa première manufacture d’automobiles, August Horch en fonda une deuxième en 1910. Mais comment l’appeler ? Son nom était déjà pris par la première… Astuce, il redonna son nom à la deuxième, mais traduit en latin : « horch » signifiant « écoutes » en allemand, ce fut donc « Audi ». En 1932 le constructeur s’unit à 3 autres, DKW, Wanderer et Horch (la première firme d’August), pour former Auto Union, d’où le logo au 4 anneaux. La marque Audi disparut après guerre, jusqu’à ce que Volkswagen la relance en 1964. Audi resurrexit per voluntatem Populo wagenes, en quelque sorte ! Il s’en suivra le brillant parcours que l’on sait.

Bugatti, la marque du summum

En 1998, Ferdinand Piëch voulait sa supercar pour affirmer la nouvelle puissance de son groupe VW. Et c’est le nom de Bugatti qu’il choisit pour apposer sur sa créature.

La marque d’Ettore Bugatti était une célébration de l’invention et de la perfection mécanique. De ses ateliers sortirent aussi bien des voitures de course belles et légères, que l’énorme Bugatti Royale, la superlative. C’est à ces deux héritages que se réfère la Bugatti Veyron de 2005, une voiture de sport qui fait dans le superlatif. Alors, à la hauteur ?

Bugatti Royale + Bugatti Veyron

À ma gauche, l’absolu automobile des années 20, la Bugatti Royale : 8 cylindres en ligne, 12.763 cm3, 300 ch (environ), 200 km/h, 6 fois le prix d’une Rolls de l’époque, 6 exemplaires produits. À ma droite, l’absolu automobile des années 2000, la Bugatti Veyron by VW : W16 (deux V8 accolés), 8 litres-4 turbos, 1001 chevaux, 408 km/h, 450 exemplaires produits. Une digne descendante !

Ainsi les étoiles automobiles meurent… Mais parfois aussi elles renaissent, et parfois même plus brillantes encore ! Alors on va quand même faire des petits trous, dans la caisse de la Saab, pour la laisser respirer… Au cas où quelqu’un décide un jour de rouvrir la boîte…

Cargeek

PS : Si vous passez par Mulhouse, n’oubliez pas de visiter la superbe Cité de l’Automobile et son extraordinaire collection de Bugatti, dont la Royale coupé Napoléon 1930 de la photo ci-dessus.

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